Spirales

Par Monique Pagé

Un petit sentier mal tracé s’enroule puis se déroule. Il en résulte deux spirales ouvertes sur le parterre mal taillé – sans doute que la tondeuse avait trop roulé sa bosse d’un parc à un autre. Tondeuse itinérante. Quel casse-tête pour l’entretien de la machinerie.

Mais je me perds, car voyez-vous j’aimerais vous décrire la beauté simple de quelques dizaines d’arbres qui alignés selon le plan conçu par une équipe d’agronomes sont destinés à éduquer le badaud, le promeneur curieux, l’écolier, le petit morveux qui ne sait plus quoi faire de son été et la mamie qui aurait bien aimé poursuivre ses études plus longtemps.

Ces arbres, à feuilles caduques ou persistantes, déploient leur vert émeraude, grisâtre, tendre, intense ou bleuté. Ces feuilles échancrées, lobées, simples ou composées, à limbe large ou étroit ; ces écorces lisses ou sillonnées,  tapissées de lichens ou percées par les parasites me montrent et même me prouvent mon ignorance du règne végétal ascendance forestière. Tant de variétés. Tant d’impacts sur le monde. Nous faut-il une plantation dédiée pour enfin nous y arrêter?

Mon coup de cœur va au ginkgo. Ses feuilles ressemblent aux éventails que les servantes balancent devant la chaude Cléopâtre dans les films d’Hollywood. Mon compagnon refuse de choisir.
– Ils sont tous différents et nécessaires sous un climat ou un autre. Égaux devant l’Éternel. D’ailleurs il en manque beaucoup.

L’odeur de chaque espèce est si subtile que notre olfaction humaine ne détecte presque rien. Pour m’en sortir, je conclus qu’un mélange des genres se ressent dans la fraicheur de la brise.    

Au pied de ces grands individus, il y a un autre monde, lui aussi souvent négligé. Des graminées, les unes hautes et minces les autres ne dépassant pas la hauteur de mes genoux, répandent leurs ramifications et graines sur les chevilles qui s’approchent trop près. Les hémérocalles égayent l’éventail des verts par leur propre variété de jaunes depuis le citron jusqu’à l’orange et même le rouge. Des insectes si rapides que je ne peux les décrire sillonnent  et chantent au ras du sol. Cet énorme montage de vies dégage un parfum… d’été.

L’arborétum d’Ahuntsic ne serait pas ce qu’il est, charmant et enveloppant, sans les grésillements, les stridulations, les pépiements et la tension permanente due aux dards des petites guêpes triangulaires qui piquent droit vers la peau tendre.

Nous nous éloignons un peu pour jouir d’une vue d’ensemble. Nous posons nos corps en sueur sous un peuplier faux tremble qui, de ses milliers de petites feuilles aux pétioles longs et maigrelets, nous offre musique et ombre fraiche.
– C’est … pas français, c’est plutôt anglais, dis-je à mon compagnon.
– Oui, une certaine abondance laisse croire à un désordre, mais laisse-moi t’expliquer…  complexe et compliqué sont deux concepts… d’ailleurs les institutions anglaises…


Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture géopoétique sur les parcs.

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